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  • : demain sera un autre jour(peut-être)
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  • : Demain sera un autre jour: des mots et leur histoire, de l'actualité, de l'humour(tel que je le conçois),des barbus moustachus et parfois la pensée du jour .
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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 17:36

Tragédie familiale en réalité à peine augmentée:

Mon père, ancien matelot au teint buriné par les éléments et les divers breuvages appréciés des hommes d’équipage, semblait insubmersible pour quiconque l’avait côtoyé sur une quelconque embarcation. Un solide gaillard toujours sur le pont qui avait pourtant subi nombre d'avanies, de tempêtes et d'échouages au cours d’une vie s'apparentant à un chavirage permanent.

Lassé des ravageuses intempéries de son destin et des ouragans matrimoniaux, il décida un matin où ma mère, déversant des océans de haine était particulièrement déchaînée, de mettre fin au naufrage. Il largua définitivement les amarres en hissant la grand-voile pour tenter d’accoster sur des rivages célestes plus cléments, sans faire trop de vagues. 

Il voulut tout de même déserter le plancher des vaches en beauté sur quelques derniers traits de cet humour noir qu’il affectionnait par-dessus tout. Il mit en scène sa dernière dérive. On le retrouva pendu à un noyer au bout d’un raban solidement ancré autour de son cou, une bouée en mousse négligemment jetée autour des hanches sur laquelle il avait inscrit à l’intention de son encore jeune mais déjà singulier fiston une sorte d'épitaphe en forme de clin d'œil :

 ‘ Holà, Moussaillon: trop de roulis pour moi sur cette foutue terre ferme, je baisse pavillon.

Signé : ‘le mâle de mère’

Sur le sol, crépitait dans le radiocassette sciemment déposé sur des coques de noix, la voix d’Hugues Auffray qui continuait de s’époumoner sans fin sur son titre phare: hissez haut, Santiano.

La note me paraissait particulièrement salée tout de même. Les derniers espoirs d'une famille heureuse et unie partaient à vau l'eau.

Même si mon meilleur ami, submergé dans un océan de détresse, pestait de me voir appareiller vers de nouveaux horizons sans lui, je répondis à l'appel d'une sirène puis quittai peu de temps après le navire familial et ses eaux troubles.

A peine déboussolée par ces diverses mutineries, incidents qualifiés de mineurs, notre mère garda son cap, maintint son allure et épousa en seconde noce, un dénommé Horn, agriculteur éleveur de porcs près du village de Poisson, petite commune de Saône et Loire. Lui au moins saurait garder les pieds sur terre.

©pol 12/2015

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commentaires

Nell 05/07/2016 20:16

Quelle histoire. Sus! tout le monde au Cap Horn, et qu'ça saute moussaillon!!!!

Mimi 27/06/2016 08:43

Petite histoire bien salée : quand la mère démonte, fiston prend le large pour oublier les galères. Triste histoire mais joli texte, jeux de mots et jeux de maux.

pol 05/07/2016 21:07

maintenir le cap coûte que coûte